C'est une vieille histoire dans le football, n'est-ce pas ? L'entraîneur veut son joueur, les scouts ont leurs données, et quelque part au milieu, un club prend une décision qui semble soit géniale, soit totalement insensée quelques années plus tard. Pour Liverpool, l'été 2017 a été l'un de ces moments, un carrefour qui, grâce à des analystes de données persistants, les a menés à Mohamed Salah au lieu de Julian Brandt.
Gab Marcotti a récemment levé le voile sur cette histoire, expliquant comment Jürgen Klopp, fraîchement sorti d'une quatrième place en Premier League en 2016-17, avait jeté son dévolu sur Brandt, alors un ailier prometteur au Bayer Leverkusen. Brandt était bon, sans aucun doute. Il avait marqué 3 buts et délivré 11 passes décisives toutes compétitions confondues cette saison-là, un bilan décent pour un joueur de 21 ans. Klopp voyait le talent brut, la connexion allemande, l'imaginait probablement s'intégrer dans ce système offensif fluide. Mais le département d'analyse de Liverpool, dirigé par Michael Edwards, avait d'autres idées. Ils ont continué à pousser pour Salah.
Salah, à 25 ans, sortait d'une année sensationnelle à la Roma, où il avait explosé avec 19 buts et 15 passes décisives en 41 apparitions en Serie A et en Europa League. Pensez à cette production. Il a été impliqué dans 34 buts. Brandt, quant à lui, a été impliqué dans 14. Les chiffres de Salah étaient tout simplement d'un autre niveau, surtout si l'on considère son précédent passage moins que brillant à Chelsea de 2014 à 2016 où il n'avait réussi que deux buts en championnat. Les analystes de données de Liverpool ont vu un joueur qui avait mûri, qui produisait constamment à un niveau élevé dans une ligue européenne majeure. Ils ont vu un joueur qui, malgré le passage à vide en Premier League, avait des statistiques sous-jacentes qui criaient "élite".
Klopp, à son crédit, a écouté. Il a ignoré le passé de Chelsea, sa préférence initiale, et a accepté l'accord de 34 millions de livres sterling pour Salah. C'était beaucoup d'argent à l'époque, mais cela ressemble à de la petite monnaie maintenant. C'est la beauté d'un bon recrutement et d'une analyse de données encore meilleure – cela peut l'emporter sur l'instinct et éviter un énorme "et si". Imaginez si Liverpool avait opté pour Brandt. Il a eu une belle carrière, bien sûr, maintenant au Borussia Dortmund, mais il n'a jamais atteint les sommets stratosphériques de Salah. La première saison de Salah à Anfield l'a vu battre le record de la Premier League du plus grand nombre de buts en une saison de 38 matchs avec 32, une marque qui tient toujours. Il en a ajouté 10 de plus en Ligue des champions cette année-là alors que Liverpool atteignait la finale.
Tout cet épisode est une leçon magistrale d'alignement organisationnel. Klopp est une forte personnalité, un manager qui fait confiance à son instinct. Mais il fait aussi confiance à son équipe. Il a compris que l'infrastructure analytique du club était là pour une raison, pour fournir des informations au-delà de ce que le seul test visuel pourrait capter. Il ne s'agissait pas de lui donner tort ; il s'agissait de trouver le *meilleur* joueur pour Liverpool. Et ils l'ont fait. Depuis son arrivée, Salah a marqué 155 buts en Premier League en 254 apparitions, remportant trois Souliers d'Or. Il a été la pierre angulaire d'une équipe qui a remporté la Ligue des champions en 2019 et la Premier League en 2020.
Voici mon avis tranché : cette volonté de laisser les données remettre en question même les principales cibles de l'entraîneur est précisément la raison pour laquelle Liverpool a connu une période de succès aussi soutenue. Ce n'était pas seulement le charisme de Klopp ; c'étaient les décisions intelligentes, parfois impopulaires, prises en coulisses. Sans cette impulsion analytique, Liverpool aurait pu n'être qu'une très bonne équipe au lieu d'une équipe véritablement légendaire pendant quelques saisons.
Le fait est que ces histoires sont rarement racontées en temps réel. Nous n'en entendons parler que des années plus tard, lorsque le résultat est clair. Michael Edwards, qui a quitté Liverpool en 2022, mérite un immense crédit pour avoir construit ce cadre robuste de recrutement et d'analyse. Il a créé un système capable d'identifier la valeur et, surtout, de la défendre, même lorsque cela allait à l'encontre de la préférence initiale de l'entraîneur. Ce type de défi interne, lorsqu'il est géré professionnellement, est ce qui sépare les bons clubs des grands.
Et c'est un processus qui continue de porter ses fruits. Il suffit de regarder la récente signature de Dominik Szoboszlai l'été dernier pour 60 millions de livres sterling. Un autre joueur avec de solides statistiques sous-jacentes, qui a déjà contribué 3 buts et 2 passes décisives en 23 apparitions en championnat lors de sa première saison. C'est un témoignage de la culture durable de recrutement axé sur les données à Anfield. Ma prédiction audacieuse ? Liverpool assurera une autre place dans le top quatre cette saison, en grande partie grâce à l'excellence continue de Salah, un joueur qui n'a presque jamais été signé.